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19 mai 2016 4 19 /05 /mai /2016 10:03
Une cinquième bibliothèque envoie une lettre ouverte à la mairie de Paris pour protester contre les conditions d'ouverture le dimanche

Cette fois, c'est au tour de l'équipe de la médiathèque Jean-Pierre Melville (XIIIe) d'interpeller Anne Hidalgo et Bruno Julliard

La municipalité parisienne veut ouvrir d'ici 2019 - sans concertation aucune - sept nouvelles bibliothèques le dimanche : Parmentier (XIe), Hélène Berr (XIIe), Melville (XIIIe), Aimé Césaire (XIVe), Germaine Tillion (XVIe), Rostand (XVIIIe) et Sabatier (XVIIIe)... Et ce, sans effectif supplémentaire. Une mesure qui ne passe pas, tant le réseau parisien est actuellement exsangue (fermetures, réductions d'horaires, etc.) et que plusieurs bibliothèques qui ouvrent déjà le dimanche, comme Sagan (Xe) ou Duras (XXe), sont dans une situation que l’on peut sans exagérer qualifier de critique...

Et ça gronde dans les bibliothèques municipales de la Capitale. Après les personnels des bibliothèques Hélène-Berr, Rostand, Aimé-Césaire et Germaine-Tillion, qui avaient interpellé Bruno Julliard, l’adjoint en charge de la Culture, pour préciser les conditions sans lesquelles il ne sera pas possible d’ouvrir le dimanche (lire ici), ce sont maintenant les agents de la médiathèque Jean-Pierre Melville, située entre les Olympiades et la faculté de Tolbiac, d'entrer à leur tour dans la danse.

Et les bibliothécaires de la rue Nationale de mettre d'entrée les pieds dans le plat suite aux annonces intempestives d’Anne Hidalgo et de son équipe : « Le principe de l’ouverture le dimanche pose un problème de cohérence et de qualité de service (…).Il nous semble en effet contradictoire de proposer un service public élargi en faisant reposer ce travail sur des équipes amoindries et en majorité non volontaires ». Car c’est là que le bât blesse : le travail du dimanche ne se fera pas sur la base du volontariat, quoi qu’en disent les thuriféraires du travail le septième jour de la semaine...

Et nos collègues d'avertir : « Au sein de l’équipe, une grande majorité d’agents s’est exprimée contre l’ouverture du dimanche, pour deux raisons principales : d’une part parce que nous n’avons pas choisi de travailler le dimanche en connaissance de cause, et d’autre part pour tout ce que le dimanche travaillé engendre de conséquences et de complications sur les plans de la santé et de la vie privée, rythme de travail plus dense, garde d’enfants – et donc coût supplémentaire – pour les familles monoparentales, temps de transport pour les agents vivant en banlieue parfois très éloignée, horaires de travail décalés par rapport à l’entourage et à la société en général, etc. Comme nos collègues des autres bibliothèques qui se sont déjà exprimés, nous sommes nombreux à rester convaincus que le dimanche n’est pas une journée de travail comme les autres ».

De toute façon, et même s'ils le voulaient, les agents de Melville ne pourraient pas ouvrir un sixième jour de la semaine en l’état, puisque la médiathèque, comme tous les autres établissements du réseau parisien, a subi des réductions de personnel : « Au regard de l’organisation actuelle de nos plages de service public, ouvrir l’établissement cinq heures supplémentaires est au-delà de nos capacités. En l’état, la constitution et le nombre d’agents dans l’équipe nous placent trop souvent en situation de sous-effectif. En effet, outre le nombre d’agents, en temps partiel ou contractuels, évoqué ci-dessus, nous comptons deux agents en arrêt maladie de longue durée depuis début 2016, dont un parmi les agents titulaires, deux contrats arrivant à échéance à la fin de l’été 2016, et quatre postes vacants non pourvus, dont un qui ne sera sans doute pas remplacé ». Effectivement, la situation n'est pas brillante.

Une cinquième bibliothèque envoie une lettre ouverte à la mairie de Paris pour protester contre les conditions d'ouverture le dimanche

Pour remédier à cela, les bibliothécaires de Melville ont fait un audit assez poussé et sont arrivés à la conclusion qu’il fallait un effectif en équivalent temps plein... de cinquante agents ! Un chiffre assez raisonnable quand on y regarde de près, puisque c’est celui qui est peu ou prou nécessaire aux établissements de taille comparable qui ouvrent six jours par semaine. Il faudrait donc recruter pas moins de 25 bibliothécaires puisque l’équipe ne compte actuellement que 28 titulaires, dont cinq à temps partiel et un agent en arrêt de longue durée. On sent déjà les tableaux Excel de nos technocrates de la direction des Affaires Culturelles défaillir…

On le voit, la municipalité parisienne se trouve prise à son propre piège si elle veut envisager une ouverture le dimanche car elle devra forcément créer des postes supplémentaires. Surtout si Bruno Julliard applique la délibération municipale qu’il a récemment fait (re)voter au Conseil de Paris. « Sans cette condition, le travail sur la base d’un dimanche sur cinq ne pourra pas être respecté ». Dura lex, sed lex.

Cependant, le calcul des coûts ne s’arrêtera pas là car les agents de la bibliothèque du quartier de Tolbiac, comme leurs collègues des autres établissements qui sont censés ouvrir le septième jour, demandent « une prime de cent euros net par dimanche travaillé ». Actuellement, la prime étant calculé en brut, il faudra que la mairie mette de l’argent sur la table si elle veut avoir les moyens de ses ambitions.

Mais, les bibliothécaires tracent le cercle rouge et demandent également « la garantie de deux jours consécutifs de récupération et des conditions de récupération claires, la présence de deux agents de sécurité et d’un agent d’entretien, des tickets repas en raison de la fermeture de notre restaurant administratif le samedi et le dimanche » et enfin, last but not least « la fermeture de la médiathèque à 18h le samedi au lieu de 19h pour s’aligner sur le volume horaire des bibliothèques équivalentes à la nôtre ». Comme on le voit, le niveau de revendication du côté de Melville, c'est pas du cinoche!

Anne Hidalgo et Bruno Julliard pensaient peut-être, façon Bob le Flambeur, pouvoir ouvrir autant de bibliothèques le dimanche qu'ils le souhaitaient sans pour autant avoir à financer leur démagogie électorale... A voir les réactions des personnels, c’est raté ! Car ils sont tous on ne peut plus clairs :« Il faut que la mairie de Paris nous donne les moyens de ses ambitions ». La Ville de Paris aura été prévenue. Dans le cas contraire, on se dirigerait tout droit vers un conflit social. Et ce ne sera pas du cinéma…

 

     Conditions pour l'ouverture du dimanche : l'équipe de Melville ne fait pas de cinoche

Une cinquième bibliothèque envoie une lettre ouverte à la mairie de Paris pour protester contre les conditions d'ouverture le dimanche

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Published by CGT Culture DAC Ville de Paris - dans bibliothèques
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