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Nous sommes des personnels de la Direction des Affaires Culturelles de la Ville de Paris, travaillant dans les bibliothèques, conservatoires, musées, ateliers des beaux-arts, services centraux...

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12 juillet 2016 2 12 /07 /juillet /2016 11:18
Paris : le projet d'ouverture le dimanche d'une bibliothèque vue sous l’angle de la santé-sécurité au travail

Bâtiment, pénibilité, santé, sécurité, responsabilité, qualité empêchée, injonction contradictoire, inégalité femme-homme… détail d’un document remis à Bruno Julliard lors du CHSCT

La mairie de Paris compte ouvrir d'ici 2019 sept nouvelles bibliothèques le dimanche : Parmentier (XIe), Hélène Berr (XIIe), Melville (XIIIe), Aimé Césaire (XIVe), Germaine Tillion (XVIe), Rostand (XVIIIe) et Sabatier (XVIIIe)... Un projet qui n’est pas sans conséquences sur la santé et la sécurité au travail et que visiblement la mairie de Paris n’avait pas anticipé. Mais alors pas du tout. C’est pourquoi la question a été abordée au Comité Hygiène et Sécurité (CHSCT) de la direction des Affaires Culturelles.

Un véritable audit a donc été réalisé par des spécialistes de la question (relais de prévention, membre du CHSCT) sur la bibliothèque Hélène-Berr, rue de Picpus (XIIème) car cette dernière est censée ouvrir le dimanche avant la fin de l'année. Dans ce document présenté au CHSCT présidé par Bruno Julliard, le premier adjoint à la culture, il est stipulé que les conditions d’ouverture proposées par l’administration parisienne qui impliquent la présence de seulement sept bibliothécaires titulaires (pour se contenter d’une seule création nette de poste budgétaire) « ne permettent ni un travail de qualité ni la médiation culturelle dont parle la sénatrice, madame Sylvie Robert dans son rapport de novembre 2015 ». De plus, ces mauvaises conditions annoncées  « présentent des risques supplémentaires pour la santé de l’équipe et la sécurité en général dans le bâtiment ». Une analyse très argumentée.

Commençons tout d’abord par les contraintes bâtimentaires pour un établissement qui compte six étages ouverts au public, un seul ascenseur et pas de retour centralisé des documents. Un bâtiment qui en plus reçoit beaucoup de monde, jusqu’à 1500 personnes de passage à la médiathèque un samedi. Conséquence de cette forte affluence, un impact direct et non négligeable sur la pénibilité au travail car la bibliothèque Hélène-Berr effectue un nombre de prêts qui la classe troisième du réseau parisien.

« En reprenant les chiffres de prêts de ces derniers mois rapportés à chaque agent, on se rend compte que chacun a traité en moyenne 1738 prêts par mois. On est quasiment dans les mêmes proportions que Yourcenar (XVe) et Duras (XXe). Or ces bibliothèques (de tailles également comparables) ont chacune dix postes de titulaire pour ouvrir le dimanche (contre seulement sept prévus pour Hélène-Berr) ». Evidemment y a comme un hic, c’est pourquoi les personnels de la rue de Picpus qui seront contraint de travailler le dimanche réclament dix titulaires. On voit, CQFD, que ce calcul justifie au minimum cette demande. La mairie de Paris n’a pour le moment brandit aucun document, ni fait aucune étude pour contrer cet argument.

Dans cet audit sur la bibliothèque Hélène-Berr sont également détaillés les problèmes de santé lié au travail, notamment les troubles musculo-squelettique (TMS) très courants dans le métier de bibliothécaire. « Avec deux aménagements de poste et quatre tendinites, plus les maux de dos à récidive. Il semble évident de prévoir que ces problèmes iront en s’aggravant si on ajoute à la charge de travail des dimanches avec cinq heures de service public en continu » est-il écrit.

Paris : le projet d'ouverture le dimanche d'une bibliothèque vue sous l’angle de la santé-sécurité au travail

Autres problèmes soulevés dans le document présenté au CHSCT, les questions de sécurité et de responsabilité. « Les agents savent évacuer les six étages publics en 2:44 (temps établi au dernier exercice chronométré par Cecys, le consultant missionné par la Ville) mais il nous faut être onze titulaires pas sept » rappellent des agents qui non seulement connaissent bien le bâtiment mais de plus sont de mieux en mieux formés aux règles de sécurité. Comment les étudiants censés remplacer les bibliothécaires titulaires le dimanche pourront-t-ils faire face seulement en cas de problème avec la sécurité incendie mais aussi le traitement des relations houleuses avec certains usagers.

« Quand à la responsabilité prise par les cadres qui vont se trouver en charge de l’établissement le dimanche, nous osons espérer qu’elle est claire pour tous car parfois les conservateurs eux-mêmes ne réalisent pas l’étendue de leur responsabilité personnelle en cas d’accident » pointe le document remis à Bruno Julliard. Là aussi la mairie est restée sans réponses

Autre aspect parfois méconnu mais qui fait partie des familles de risques identifiées dans les trouble psycho-sociaux (RPS) et donc des questions de santé au travail :  la qualité empêchée. La bibliothèque Hélène-Berr est établissement pilote de QualiParis, labellisée, tamponnée, reconnue par tous, surtout par les usagers. « Nous assurons un gros travail de médiation auprès d’eux, autant sur les collections que sur les outils numériques, avec des accompagnements personnalisés. Nous avons un programme d’événements et d’animations exceptionnel, il se passe toujours quelque chose à Hélène Berr, toute l’année » déclarent les personnels.

Toute l’année peut être, mais une chose est sûre ce ne sera pas le dimanche. « Le dimanche les conditions de fonctionnement proposées nous permettent de passer des documents en retour, c’est tout ce que nous pourrons faire. Si jamais nous recevions ce jour là des publics dits « éloignés », il faudrait s’interroger sérieusement sur le service que nous leur rendons car il y aurait inégalité de traitement » remarquent encore les bibliothécaires.

Et oui, les élus et leur administration préfèrent la quantité à la qualité. En contradiction flagrante avec le projet d’établissement qui a été validé par la Mairie de Paris. Chez les spécialistes des questions du travail, on appelle cela une injonction contradictoire, un autre facteur bien connu des RPS comme le rappelle le site du ministère du Travail. Quant à ouvrir des bibliothèques le dimanche pour répondre aux attentes des Parisiens, pour le moment personne ne sait trop au juste de quoi il s’agit. Le bilan des ouvertures dominicales n’ayant jamais été fait, ni au regard de la santé des personnels ni à celui de la satisfaction du public ou même la réalisation d'un quelconque projet de lecture publique.

Paris : le projet d'ouverture le dimanche d'une bibliothèque vue sous l’angle de la santé-sécurité au travail

Ouvrir pour qui ? Pourquoi ? c’est vrai que cette question n’a jamais reçu de réponse en termes de politique culturelle. La seule qu’admet à demi-mot l’administration elle même, c’est « ouvrez le dimanche. Même sans personnel formé, même sans animation, même si personne ne vient » ou encore  « faites ce que vous voulez, bien ou mal, mais faites le plus longtemps, et que ça se voie ».

Enfin last but not least, surtout dans un secteur toujours ultra féminisé comme les bibliothèques, l’argumentaire présenté à Bruno Julliard se penche sur l’inégalité femme-homme. « Le travail en horaires décalés tourne toujours en défaveur des femmes » a ainsi remarqué ...madame Anne Hidalgo en personne dans son livre Travail au bord de la crise de nerfs, notamment des femmes seules avec enfant. Vu que le montant de la prime accordée aux bibliothécaires par la municipalité correspond tout juste à une journée de baby sitting (non déclaré), encore une fois, les femmes devront calculer si elles perdent de l’argent en venant travailler.

D’une manière plus générale, ces horaires vont perturber encore plus la vie familiale et sociale des agents qui travaillent déjà le samedi, tous les samedis mais aussi jusqu'à 19 heures. Des horaires déjà atypiques dont les effets ont été analysés par les sépacialistes de la santé au travail (lire ici). Quand voyons-nous nos enfants, nos conjoints, nos amis ? Et bien avec le projet de la mairie de Paris, dix fois dans l’année nous seront encore moins disponibles pour nos proches. Pas vraiment ce que l’on peut appeler un signe de progrès social.

D’autant que se pose le problème du volontariat. Il n’y a pas assez de poste dans le réseau pour faire muter toutes celles et ceux qui voudront garder leurs dimanches ; pour certains autres, c’est l’argent qui prévaudra. Dans tous les cas, le volontariat, comme l'écrivait encore une fois madame Hidalgo, « est plus que contraint » par des questions d’éloignement ou de budget. Qu'en pense la maire de Paris ?

 

                « Le travail en horaires décalés tourne toujours en défaveur des femmes »

Paris : le projet d'ouverture le dimanche d'une bibliothèque vue sous l’angle de la santé-sécurité au travail

                - Tiens Bruno, j'ai écrit un truc sur le travail du dimanche, qu'est ce t'en dis ?

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Published by CGT Culture DAC Ville de Paris - dans santé au travail bibliothèques
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