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Nous sommes des personnels de la Direction des Affaires Culturelles de la Ville de Paris, travaillant dans les bibliothèques municipales, conservatoires d'arrondissement, ateliers des beaux-arts, services centraux...

Nous militons au sein du syndicat des personnels administratifs, de la culture et de service (PACS) pour défendre les droits des salariés, la qualité du service public

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30 janvier 2018 2 30 /01 /janvier /2018 17:25
Bibliothèque Václav Havel : la Mairie de Paris contrainte de tenir un CHSCT « exceptionnel »

Madame Véronique Levieux, adjointe en charge du Patrimoine, et nouvelle présidente de cette instance, a d'ailleurs ouvert la séance par une semonce assez claire envers la Direction des Affaires Culturelles

Qui accepterait de se faire balancer des insultes et des cannettes de soda à la figure pour 1600 euros par mois et deux heures de RER ? Nous avons posé la question à l'administration parisienne mais cette dernière n'a pas eu de réponse... C'est pourtant ce que nos collègues de la bibliothèque Václav Havel (XVIIIe) vivent quasi-quotidiennement. Et sans ménager leur peine. Outre les accueils scolaires pour des séances de lecture, l'équipe organise des après-midis de jeux vidéo, des démonstrations de techniques d'imagerie 3D, des ateliers de conversation en français pour les migrants, des concerts, et de nombreuses animations participatives. Lorsque les ados du quartier sèment la panique dans les salles, vident les extincteurs ou harcèlent les agents en poste, ces derniers préfèrent ne pas s'en plaindre à voix trop haute « pour ne pas stigmatiser la population du quartier ».

Ouverte en octobre 2013, la bibliothèque Václav Havel est située dans le quartier Pajol, un endroit à la fois plein d'énergie et d'idées nouvelles, mais aussi de grande misère. Misère des migrants fraîchement débarqués en France, frigorifiés et mal nourris, qui cherchent dans les bibliothèques du nord de Paris à se mettre à l'abri, à recharger leur téléphone, aller sur Internet, se faire expliquer des démarches administratives par les bibliothécaires, trouver assistance et réconfort, apprendre le français. Misère également des populations les plus pauvres, repoussées au nord-est de la Capitale, dont certains des enfants, aussi remuants que désœuvrés, voient dans la bibliothèque une institution à défier, un vigile à faire courir et des DVD à voler. C'est dans ces conditions que les jeunes et enthousiastes bibliothécaires accomplissent leurs missions d'inclusion sociale et de médiation culturelle, jour après jour, pour un salaire médiocre et peu de reconnaissance.

Pourtant le 3 janvier, ils ont craqué et nous ont raconté leur quotidien (lire ici). De notre côté, nous avons rencontré des agents épuisés, à bout de motivation, qui ne savent plus comment entrer en contact avec certains jeunes du quartier, peu nombreux mais très actifs. Ils sont à bout d'idées pour venir en aide aux migrants et manquent de relais des services sociaux. De plus en plus, ils ont la sensation que l'administration les laisse seuls au front sans outils et sans moyens.

En plus, ils n'ont pas eu de chance dans leur malheur, nos collègues, puisque leur dernier problème est tombé en pleine trêve des confiseurs et visiblement l'administration a été un peu lente à percevoir l'urgence de la situation. Il n'est d'ailleurs venu à l'idée de personne d'appliquer la procédure pourtant bien connue du décret 85-603 et d'alerter les membres du Comité Hygiène et Sécurité (CHSCT) afin d'enclencher une enquête sur les faits et une réunion exceptionnelle, malgré le signalement des incivilités. Il a fallu trois ou quatre articles dans la presse et une demande expresse de la CGT pour que la réunion ait finalement lieu... Vingt trois jours après les faits !

Madame Véronique Levieux, adjointe en charge du Patrimoine et nouvelle présidente du CHSCT de la Direction des Affaires Culturelles (DAC) de la Ville de Paris, a d'ailleurs ouvert la séance par une semonce assez claire en direction de ses propres troupes. Elle a rappelé la nécessité d'appliquer la procédure et reproché à ses services les délais excessifs de diffusion de l'information.

 

                                  La nouvelle présidente du CHSCT de la DAC (au micro)

 

La CGT, qui avait invité des agents de Vaclav Havel à venir s'exprimer, a alors donné la parole aux trois collègues présents, lesquels ont lu et commenté un document rédigé par l'équipe et exprimant leurs doléances. Tous les syndicats présents ont fait à peu près les mêmes remarques : récurrence des mêmes situations, défaut de prévention, surdité de l'administration, sous-dimensionnement du marché de sécurité de la DAC, turn over des vigiles. De notre côté, nous avons particulièrement insisté sur le manque d'analyse du travail réel, le manque de reconnaissance de l'engagement des agents. L'administration fait sa communication sur des établissements culturels ouverts et modernes mais envoie de jeunes professionnels sans outils et sans moyens,  dans des locaux inadaptés, et avec des effectifs insuffisants. Par ailleurs, notre syndicat a une nouvelle fois demandé l'attribution d'une prime dite " NBI " pour Václav Havel. La DAC prétend ne pas pouvoir accorder cette prime mais nous rappelons qu'elle a su trouver une prime pour la nouvelle équipe volante. Et puis il suffit juste d'une délibération au Conseil de Paris pour résoudre cette injustice (voir ici).

C'est alors que la représentante de la Mission d’Inspection pour la Santé au Travail (MIST), un organe directement rattaché au Secrétariat général de l’Hôtel de Ville, a manifesté sa stupéfaction à l'audition des débats. Elle a notamment rappelé la nécessité d'auditer le travail des agents sur le terrain et de faire la prévention en amont de chaque risque encouru, et qu'il est également impensable d'attendre des événements graves pour intervenir avec des regrets, et des mesurettes comme le recours aux psychologues de la Ville, comme le propose l'Administration...

Poussée dans ses retranchements et visiblement accablée par ce déluge de reproches, pour le moins justifiés, la DAC a promis deux ou trois mesures : se rapprocher de la direction des ressources humaines pour demander l'attribution de la NBI (comme à beaucoup d'établissements du nord de Paris), négocier avec la Direction des Affaires Sociales ou celle des Affaires Scolaires un poste passerelle de médiateur de terrain, (comme demandé depuis longtemps par l'équipe), et insister auprès de la direction en charge de la logistique et des services de voiries du XVIIIe pour que le nettoyage de la bibliothèque et de l'esplanade Nathalie Sarraute soit effectué plusieurs fois par jour. Les rondes des services de police et des services de sécurité municipaux sont déjà effectives et doivent être pérennisées. La CGT, pour sa part, demande l'affectation immédiate de deux collègues bibliothécaires supplémentaires à Vaclav Havel, afin de faire baisser la pression dans l'équipe et de lui permettre de reprendre un travail normal. Et peut-être même un peu de repos.

Le risque actuel se situe évidemment dans le départ de plusieurs agents vers des établissements plus calmes. Dix personnes ont déjà fui, et nous ne leur jetons pas la cannette... Curieusement, le directeur de la bibliothèque attribue ces départs à la fameuse « convenance personnelle » (connue pour la largeur de son dos...) et même à l'auto-entreprenariat... Provoquant  ainsi un petit moment de détente - de rires en fait - dans cette réunion assez dramatique.

La sous-directrice doit retourner à Václav Havel le 16 février pour constater l'évolution de la situation. La CGT s'informera de cette réunion et dénoncera immédiatement tout manque ou retard dans l'exécution des mesures proposées. Car faute de résolution efficace de ces problèmes, le personnel va-t-il être obligé d’entamer d’autres actions ? Ou bien un mouvement de " grève du zèle " ? Sûr qu’une bibliothèque sans animations, sans actions, limitée au seul transit des documents aura au moins l'avantage de reposer les agents pendant quelque temps. Et surtout, nous ne doutons pas que la mairie d'arrondissement comme la mairie centrale réagiront alors très rapidement pour faire évoluer les choses.

Bibliothèque Václav Havel : la Mairie de Paris contrainte de tenir un CHSCT « exceptionnel »
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