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  • : Syndicat PACS-DAC de la Ville de Paris
  • : Blog du syndicat PACS de la Direction des Affaires Culturelles (DAC) de la Ville de Paris.
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Qui sommes nous ?

Nous sommes des personnels de la Direction des Affaires Culturelles de la Ville de Paris, travaillant dans les bibliothèques municipales, conservatoires d'arrondissement, ateliers des beaux-arts, services centraux...

Nous militons au sein du syndicat des personnels administratifs, de la culture et de service (PACS) pour défendre les droits des salariés, la qualité du service public

Pour vous syndiquer, demander conseil, faire des réclamations, envoyer des informations, une seule adresse : Syndicat-PACS-DAC@paris.fr

 

 

 

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7 mai 2019 2 07 /05 /mai /2019 13:19
Quand George Orwell oblige Macron à faire un remaniement !

   Première mesure : Gérald Darmanin nommé au nouveau Ministère de la Vérité

Nous sommes nombreux et nombreuses à avoir fait grève en 2016 pour protester contre la loi El Khomri, loi pudiquement intitulée « Loi relative au travail, à la modernisation du dialogue social et à la sécurisation des parcours professionnels ». La novlangue, déjà… Nous sommes redescendu(e)s dans la rue en 2017 contre les ordonnances travail portées par Muriel Pénicaud. Nous nous sommes souvent entendu dire alors : « Mais vous, les fonctionnaires, ça ne vous concerne pas » ou « Vous, vous êtes protégés »… Mais qui a pu croire une telle fable ? Qui a pu penser que cette vague néolibérale n’allait pas nous heurter de plein fouet ? Que, face à la précarisation accrue des salariés du privé, on nous laisserait conserver nos soi-disant privilèges ? Nous avions raison d’anticiper, car le projet de loi Dussopt de transformation de la Fonction Publique, présenté le 13 février dernier aux partenaires sociaux, est à maints égards un copié-collé des lois travail. C’est Gérald Darmanin lui-même qui le dit, évoquant « une sorte de pendant des ordonnances travail pour le public ». Un seul exemple ? La fusion de deux instances représentatives du personnel, les Comités Techniques et les CHSCT, qui retire de fait des moyens considérables à la lutte pour de meilleures conditions de travail des agents publics, à la préservation de leur santé et de leur sécurité au travail.

Bien sûr, le gouvernement parle de « modernisation » de la fonction publique et évoque une « fonction publique du vingt et unième siècle, plus agile, plus ouverte et plus attractive, avec des services publics plus efficaces ». Mais ne nous y trompons pas. C’est bien d’une attaque sans précédent contre le statut dont il s’agit, si ce n’est une casse directe, du moins son contournement grâce à un recours massif aux contractuels, y compris pour les plus hauts postes de direction, et une stratégie pour le vider de son sens, notamment en ouvrant la porte à la rémunération au mérite.  Décryptons un peu ce projet de loi tel qu’il est nous est agréablement présenté, jolies images publicitaires  à l’appui, sur le site officiel du gouvernement (voir ici)

L’axe 1 du projet est intitulé « Promouvoir un dialogue social plus stratégique dans le respect des garanties des agents publics ».Traduisons plutôt: « Affaiblir les syndicats ». Il s’agit en effet, outre la fusion des Comité Technique et des CHSCT, de vider les CAP (commissions paritaires) de leur substance en leur retirant  l’avis sur les questions de promotion, d’avancement et de mutation. La rapporteure du projet de loi, Mme Chalas, a pris moins de précautions oratoires quand elle a déclaré : « Nous aurons le courage de percuter le mode de fonctionnement des syndicats ».  

L’axe 2 nous promet lui de « Développer les leviers managériaux pour une action publique plus réactive et plus efficace ». Traduisons en fait : « Précariser et mettre en concurrence les agents » avec, entre autres, la généralisation des contrats précaires à temps non complet pour les emplois de catégorie C, la création d’un nouveau CDD type contrat de chantier n’offrant aucun droit à l’intégration ou au déroulement de carrière, la fin de la notation et l’individualisation accrue de l’évaluation, des objectifs et même de la rémunération…

L’axe 3 nous propose de « Simplifier et garantir la transparence et l’équité du cadre des gestions des agents publics ».Traduisons : « Dégrader les conditions de travail ». Il s’agit notamment d’ouvrir la porte à une augmentation du temps de travail par une renégociation généralisée des accords sur le temps de travail et une suppression de jours de congé type journée du (de la) Maire…  L’axe 4 lui nous vend carrément du rêve, avec rien moins que: « Favoriser la mobilité et accompagner les transitions professionnelles des agents publics dans la fonction publique et le secteur privé ». Traduisons en réalité : « Pousser les gens vers la sortie », car il s’agit ni plus ni moins de faire de véritables plans sociaux en facilitant l’externalisation de services entiers et le transfert de leurs agents au privé. Mais pas d’inquiétude ! On nous propose de voyager bien équipé avec « la création d’un mécanisme de détachement automatique et de sac à dos social » (sic) !                                       

                                            - Pfff, c'est vraiment lourd ce sac à dos social...

 

On a gardé le meilleur pour la fin avec, l’Axe 5 qui consisterait lui à « renforcer l'égalité professionnelle dans la fonction publique », lequel lustre le tout par l’application d’une couche de vernis progressiste, avec des formules creuses sur la parité ou le handicap et un geste magnanime envers les femmes enceintes qui auront le droit d’être malades sans jour de carence. Monseigneur est trop bon…  Tous ces éléments de langage vous mettent mal à l’aise ? Cela vous rappelle étrangement un certain roman d’anticipation  publié il y a tout juste soixante-dix ans ? Un roman dans lequel le Ministère de la Vérité disait tout le contraire et où le ministère de la Paix était celui qui organisait la Guerre perpétuelle contre différents états à tour de rôle. Et Quand l’ennemi changeait, ce qui arrivait tout le temps, le ministère de la Vérité se mettait alors en branle pour effacer toute trace du passé et réécrire l’histoire.

Ce que n’a pas manqué de relever le philosophe et économiste Frédéric Lordon dans sa lettre de refus à l’invitation au « grand débat des intellectuels », faisant justement référence à 1984 de George Orwell pour justifier son refus de ce semblant de débat :  « En réalité, Monsieur Macron, sur la manière dont vous utilisez le langage pour « débattre » comme vous dites, nous sommes assez au clair depuis longtemps. C’est une manière particulière, dont on se souviendra, parce qu’elle aura fait entrer dans la réalité ce qu’un roman d’Orwell bien connu avait anticipé il y a 70 ans très exactement (…). C’est une manière particulière d’user du langage en effet parce qu’elle n’est plus de l’ordre du simple mensonge (…).Vous et vos sbires ministériels venus de la start-up nation, c’est autre chose : vous détruisez le langage».

Et Lordon d’égrener les exemples :«  quand Mme Buzyn dit qu’elle supprime des lits pour améliorer la qualité des soins ; quand Mme Pénicaud dit que le démantèlement du code du travail étend les garanties des salariés ; quand Mme Vidal explique l’augmentation des droits d’inscription pour les étudiants étrangers par un souci d’équité financière ; quand vous-même présentez la loi sur les fake news comme un progrès de la liberté de la presse, la loi anti-casseur comme une protection du droit de manifester, ou quand vous nous expliquez que la suppression de l’ISF s’inscrit dans une politique de justice sociale, vous voyez bien qu’on est dans autre chose – autre chose que le simple mensonge. On est dans la destruction du langage et du sens même des mots. Si des gens vous disent « Je ne peux faire qu’un repas tous les deux jours » et que vous leur répondez « Je suis content que vous ayez bien mangé », d’abord la discussion va vite devenir difficile, ensuite, forcément, parmi les affamés, il y en a qui vont se mettre en colère (...) ». Le texte original est à lire ici.

Selon sa méthode désormais bien connue de la guerre éclair, le gouvernement espère faire voter cette réforme avant l’été. Et ce lors même que l’on se trouve dans une situation de crise politique majeure, que des milliers de nos concitoyens se sont mobilisés ces derniers mois, bien sûr les gilets jaunes, mais aussi les agents hospitaliers, les agents des finances publiques, les enseignants  en lutte contre la loi Blanquer…  Allons-nous (enfin) nous mettre en colère ? Réponse, bien sûr, le jeudi 9 mai dans la rue. Rendez-vous donc dès midi sur le parvis de l'Hôtel de Ville pour ensuite, en intersyndicale, rejoindre le cortège

 

 

                                           Le 9 mai allons rendre hommage à Pipo et Fluto

                        - Pff Manu je t'avais dit que nos éléments de langage étaient trop voyants..

     - Ah quelle guigne, il ne manquerait plus que le fantôme du Grand Charles nous poursuive

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