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Nous sommes des personnels de la Direction des Affaires Culturelles de la Ville de Paris, travaillant dans les bibliothèques, conservatoires, musées, ateliers des beaux-arts, services centraux...

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31 mars 2015 2 31 /03 /mars /2015 11:15
Ouverture du dimanche : Bruno Julliard voulait passer en force !
Ouverture du dimanche : Bruno Julliard voulait passer en force !

 

Mais les syndicats qui refusaient de s'adapter à son rythme, lui ont infligé un sacré camouflet !

Depuis quelques années, trois bibliothèques municipales parisiennes sont ouvertes le dimanche, François Truffaut (Ier), Marguerite Yourcenar (XVe) et Marguerite Duras (XXe). La mairie prévoit d'appliquer le même rythme de travail à deux nouveaux établissements (Canopée au Forum des Halles et Françoise Sagan du côté de la Gare de l’Est). Ces nouvelles ouvertures néanmoins doivent faire l'objet d'une délibération qui doit préalablement être présentée au Comité Technique de la Direction des Affaires Culturelles avant son examen par le Conseil de Paris.

Seulement voilà, avant toute nouvelle ouverture d’établissement le dimanche, la mairie a l’obligation de présenter un bilan de l'existant. « Une évaluation approfondie sera menée avec tout les acteurs concernés afin d'en tirer les enseignements nécessaires avant que ce rythme de travail ne soit appliqué à d'autres bibliothèques municipales » précisait ainsi la délibération votée par les élus parisiens en 2007.

Problème, ce bilan a été distribué aux représentant du personnel... le jour de la séance plénière du comité technique. Impossible donc d'en prendre connaissance. Les membres de l'instance en ont logiquement demandé le report à Bruno Julliard. Refus ! Visiblement, l’adjoint à la culture n’apprécie pas que les syndicalistes s’appuient sur les textes réglementaires et exercent leur droit de suite. L'ancien syndicaliste étudiant a donc voulu passer en force. Résultat : tout les syndicats (CGT,CFDT, FO, SUPAP et UCP) ont voté contre. Mais dans ce cas, nouvelles règles obligent, le texte doit être retravaillé avant une nouvelle présentation entre 8 et 30 jours. Un véritable camouflet pour l'adjoint à la culture assez furieux, vous vous en doutez !

 

  Après sa réunion avec les syndicats Bruno Julliard prend conseil auprès de son prédécesseur

Ouverture du dimanche : Bruno Julliard voulait passer en force !

                                              - Franchement Christophe, me faire ça à moi !

                          - Bah, c'est le métier qui rentre fiston, si tu savais ce que j'ai subi !

 

Quant au bilan lui même, il est bien maigre au regard de la présentation du bureau des bibliothèques. En tout cas, très loin de « l'évaluation approfondie » attendue. Un simple quatre pages écrit en gros caractère. Il est vrai que la prose municipale se résume à une prétendue « adaptation des horaires des services municipaux au rythme de vie des parisiens ».En gros, l’ouverture des équipements publics le dimanche ne serait fait que pour « répondre à une demande croissante des usagers ». Un bilan globalement positif que n’aurait pas renié feu George Marchais.

Pour commencer, il n’y a pas de « demande croissante » des usagers pour l’ouverture du dimanche. Bien sûr, il y a du monde le dimanche, mais ce sont souvent les même usagers qui viennent déjà en semaine. Une observation faite par de nombreux bibliothécaires (lire ici). D'ailleurs, selon les chiffres même de la mairie de Paris, seul 5% des inscrits dans ces bibliothèques ouvertes le dimanche ne viennent que ce jour là. Loin d'une demande croissante.

« Par exemple à la Médiathèque Yourcenar, l'ouverture du dimanche ne permet pas de toucher d'autres publics. Du monde, oui, mais en famille. Ce sont les mêmes catégories sociaux-professionnelles (CSP) qui fréquentent l'établissement. En semaine, il y a les enfants, voire la maman le mercredi. Le dimanche, c'est la famille entière qui se retrouve à la médiathèque. Croire que l'ouverture élargie peut seule permettre l'accès démocratique au savoir est illusoire » écrivait notre collègue bibliothécaire.(lire ici).

On peut même ajouter que pour s’adapter « au rythme de vie » des parisiens, il serait bien plus pertinent d’ouvrir… le lundi, jour de repos de nombreux salariés travaillant dans le secteur du commerce et de la grande distribution mais aussi dans les banques ou…. les musées municipaux ! Un public non négligeable et souvent oublié des politiques publiques. Des ouvertures du lundi au samedi permettraient ainsi de fournir « une offre adaptée » selon les termes même de la mairie à l’ensemble des usagers, d’autant que les bibliothèques restent généralement ouvertes jusqu’à 19 heures. A moins que l’ouverture du dimanche ne soit qu’une posture purement idéologique ?

 

                             La mairie de Paris présente son bilan sur les ouvertures du dimanche

Ouverture du dimanche : Bruno Julliard voulait passer en force !
Ouverture du dimanche : Bruno Julliard voulait passer en force !
Ouverture du dimanche : Bruno Julliard voulait passer en force !
Ouverture du dimanche : Bruno Julliard voulait passer en force !

              Un maigre 4 pages en gros caractère aussi rempli qu'un stand au salon du livre

Surtout que la mairie l’avoue elle même : l’ouverture du dimanche ne sert à rien en tant « qu’offre culturelle » car une majorité du public est surtout composée d’étudiants qui comme en semaine d’ailleurs, sont uniquement à la recherche d’espace de travail.

Ouvrons plus : mais pour quoi faire ? A l'origine de cette demande, l'idée que les bibliothèques (parisiennes surtout, et universitaires d'autant plus) sont sursaturées et qu'en ouvrant plus, on libère de l'énergie intellectuelle et créative en permettant l'accès au savoir pour tout le monde. En réalité, cette demande pointe plutôt le manque de places de travail et concerne en premier lieu les étudiants, très mal lotis à Paris. Cette mission ne peut pas reposer uniquement sur les bibliothèques publiques.

D’autant que l’ouverture des médiathèques parisiennes le dimanche se fait comme on dit pudiquement « sur un mode dégradé » avec un effectif notoirement insuffisant. Il suffit parfois que deux bibliothécaires manquent à l’appel pour être obligé de fermer l’établissement. Pourtant, la Ville ne lésine pas sur l’emploi étudiant pour faire fonctionner un service public en principe pérenne. Ils sont même plus nombreux que les personnels titulaires, au mépris des engagements pris par les élus.

Par ailleurs, l'ouverture dominicale pose un problème de logistique et de support : en cas de panne électrique, informatique, de trouble à l'ordre public etc... à qui fait-on appel ? Ce problème est déjà pénalisant le samedi, on ne vous dit pas le dimanche... Va-t-on demander à notre DSI (Direction des Systèmes Informatiques) de venir bosser aussi ce jour là ? 

Ouverture du dimanche : Bruno Julliard voulait passer en force !

                                                            - Bon ça attendra lundi leur truc...

Pour l’informatique, on ne sait pas mais pour les troubles à l’ordre public, le constat est des plus alarmants et le manque de personnel rend la survenue d'incidents impossible à gérer. « Tout peut arriver quand on est si peu nombreux le dimanche » ont ainsi témoigné les bibliothécaires dans de nombreux rapports à la direction. Rapports que nous avons pu consulter en tant que membre du CHS-CT (lire ici). Mais ça, bien sûr, la mairie a oublié de le mettre à son bilan. Un bilan globalement négatif.

L'augmentation des horaires (et notamment le dimanche) peut difficilement se faire avec des moyens humains en baisse et le non remplacement de fonctionnaires comme l’applique avec zèle la municipalité parisienne depuis plusieurs années dans ses bibliothèques.. . Certaines, malgré la réduction de leurs horaires, fautes de personnels suffisant, sont même considérées par l’administration …comme encore en sureffectif ! On marche vraiment sur la tête.

Enfin, la Ville de Paris semble avoir des pudeurs de jeune fille quand il s’agit de parler gros sous. L’ouverture du dimanche, jour qui reste, quoi qu’on en dise, un jour particulier dans note société, implique forcement de faire travailler des agents en ayant recours à des mécanismes de compensation financière. Mais avec quel argent ? Une véritable bombe à retardement tant la question de la prime dominicale traverse tous les secteurs de la Ville de Paris (musées, nettoiement, sport, parcs et jardins...)

Tellement à retardement que la municipalité refuse d’inscrire noir sur blanc le montant de la prime accordée aux bibliothécaires qui est actuellement de 100 euros. Ils n’auront droit qu’à « une rémunération forfaitaire équivalente à ce qui est pratiqué actuellement » se contente-t-elle d'écrire. Mieux, dans l’exposé des motifs qui présente la délibération sur les nouvelles ouvertures du dimanche aux conseillers de Paris, il est indiqué que les bibliothécaires « bénéficient d’une indemnité compensatrice au titre de ce cycle de travail (le dimanche Ndr) du même montant que celui attribué pour les autres médiathèques » Ça alors, on ignorait que la mairie de Paris, en plus des énarques, recrutait des jésuites.

Ouverture du dimanche : Bruno Julliard voulait passer en force !

                                       - Deo gratias ! Je vous présente mes disciples !

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Published by CGT Culture DAC Ville de Paris - dans Bibliothèques Travail du dimanche
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